Entre foyer et amphithéâtre : le combat silencieux d’une étudiante mariée à Conakry
À Conakry, de nombreuses jeunes femmes mariées poursuivent leurs études dans l'ombre, partagées entre obligations familiales et ambitions académiques. Le parcours de Saliou Djan Diallo, étudiante en communication, illustre cette réalité encore peu visible.
En Guinée, le mariage marque souvent un tournant décisif dans la vie des jeunes femmes. Pour certaines, il signifie la fin des études. Pour d'autres, comme Saliou Djan Diallo, il devient un défi quotidien à relever. À 21 ans, cette étudiante mariée et mère d'un enfant refuse de renoncer à son avenir académique, malgré les contraintes sociales et familiales.
Des journées qui commencent avant l'aube.
Il est 5 heures du matin dans le quartier Fossidet, commune de Sonfonia. Pendant que la ville dort encore, Saliou Djan est déjà debout.
Ménage, petit-déjeuner, préparation des affaires de son mari et soins apportés à son enfant : chaque geste est minuté. Ce n'est qu'après avoir accompli ses tâches domestiques qu'elle se rend à l'Institut Supérieur de l'Information et de la Communication (ISIC) de Kountia, où elle est inscrite en deuxième année de licence en communication.
« J'ai décidé que le mariage ne devait pas m'empêcher de réussir mes études », confie-t-elle.
L'université comme espace de liberté
À l'université, Saliou Djan tente de faire abstraction des pressions du foyer. Les amphithéâtres deviennent pour elle un espace de respiration et d'émancipation, même si la concentration n'est pas toujours facile.
« Quand je suis à l'université, c'est mon moment. Je me sens libre, même si mon esprit est parfois ailleurs », explique-t-elle.
Cependant, l’équilibre reste fragile. Les révisions sont souvent des compromis par les obligations domestiques, les visites imprévues ou les exigences liées à la vie conjugale.
Entre compréhension et rappels à l'ordre
Si son mari se montre parfois compréhensif, les remarques ne manquent pas lorsqu'elle consacre trop de temps à ses études.
« Quand j'ai un examen et que je n'ai pas pu cuisiner, on me rappelle vite ce que je suis censée être en priorité : une femme mariée », raconte-t-elle.
Une pression sociale persistante qui pousse de nombreuses étudiantes mariées à abandonner leur parcours universitaire.
Des rêves plus forts que les contraintes.
Malgré tout, Saliou Djan Diallo tient bon. Ses résultats académiques sont jugés honorables et ses ambitions professionnelles restent intactes.
Elle rêve de travailler dans une entreprise comme community manager, tout en devenant un modèle pour d'autres jeunes filles confrontées aux mêmes réalités.
« Ce n'est pas simple tous les jours, mais je veux prouver que c'est possible », affirme-t-elle avec sérénité.
Une réalité encore invisibilisée
À travers le parcours de Saliou Djan, c'est toute la condition des étudiantes mariées en Guinée qui se révèle : un combat discret, mené sans bruit, mais avec détermination.
Un combat qui interroge la place de la femme dans la société et la nécessité d'un soutien accumulé pour permettre aux jeunes épouses de poursuivre leurs études sans culpabilité.
Mamadou Boussiriou Diallo
+224 624293212

Commentaires
Enregistrer un commentaire